S’exprimer n’est pas toujours vertueux
Il n’y a guère longtemps, le silence était de mise. Si les enfants étaient en désaccord avec la façon dont leurs parents les traitaient, ils devaient «s’la fermer». Si un élève sentait que son professeur était constamment et injustement sur son dos, il devait se taire. Si un employé se faisait mépriser par un patron tyrannique et fendant, il devait tenir sa langue. Si une gamine se faisait tripoter les parties par «mononcle», gare à elle si elle en parlait.
Aujourd’hui, la société en générale favorise la libre expression. Dans de nombreux cas, ce changement de mentalité est un franc avantage. Cependant, les Québécois sont ce qu’ils sont, et lorsqu’ils prennent conscience qu’une situation est négative, ils changent diamétralement de cap, versant dans l’extrême opposé.
Comme toute chose, il faut nuancer.
En 2008, il y a des gens qui devraient s’exprimer, mais qui ne le font que trop rarement. Il y a également des personnes qui expriment ce qu’ils ont à exprimer, puis passent à autre chose. Enfin, il y en a qui se plaisent à rappeler la vertu de la libre expression pour se permettre de débiter tout ce qui leur passe par la tête, sans retenue aucune, sans méditation préalable, sans discussion.
Or, s’exprimer n’est pas toujours vertueux, et c’est parfois même un énorme défaut qui dérange beaucoup. Autant dans mes activités scoutes que dans mon travail, j’ai à endurer des gens qui déclarent qu’ils sont honnêtes, qu’ils sont directs et qu’«ils disent ce qu’ils ont à dire», le tout sur un ton qui impose une certaine admiration, jusqu’à ce qu’ils ouvrent la bouche.
Convainques de pratiquer une «saine habitude», ces personnes se permettent de critiquer les autres de la façon la plus effrontée et crue, sans s’attarder aux diverses ramifications. Au diable la diplomatie. Dans des élans égalitaires, ces gens invitent tous et chacun à être honnêtes avec eux, à leur dire s’ils font quelque chose qui dérangent, etc. Élan brusquement freiné lorsque l’invitation est acceptée, car même avec les gants les plus blancs et d’une infaillible objectivité, ces personnes acceptent bien mal la critique. Elles répliquent continuellement, puisqu’elles «s’expriment» et que c’est «sain».
Impossible d’avoir le dernier mot et difficile d’être satisfait de s’être exprimer à son tour. D’ailleurs, le pauvre bougre qui a l’audace de faire remarquer son comportement à ce genre de personnes deviendra aussitôt le «méchant» qui veut l’empêcher de s’exprimer!
Avec le temps, côtoyer ces personnes nous purge de toutes énergies. Les entendre constamment se plaindre et passer des commentaires, tantôt offensifs, tantôt défensifs, finit par épuiser l’esprit. Si au moins, ces personnes avaient généralement raisons de «chialer», nous pourrions le tolérer et, pourquoi pas, chialer en chœur? Mais elles n’ont presque jamais de bonnes motivations pour critiquer, en plus de le faire presque toujours en présence d’individus totalement impuissants devant leur «désarrois» et qui n’en sont aucunement responsables.
Pire, ces bougons, râleurs, rouspéteurs et autres grognons pratiquent allègrement la projection.
Souvent, j’ai juste envie de leur hurler de se fermer la gueule, mais je suis trop diplomate (enfin, je pense) pour me laisser aller. Heureusement, je parviens toujours à m’éloigner de ces gens, comme dans le cadre du scoutisme, et mon emploi étant un contrat à moyen terme, les pleurnichards du moment ne resteront pas longtemps dans ma vie. Certes, je finirai par tomber à nouveau sur ce type d’individus déplaisants, mais au moins, leurs visages et leurs voix auront changé, ce qui sera déjà ça de gagner!









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