Rien n’est totalement gratuit
Certains parviennent facilement à les voir, alors que d’autres auraient bien besoin de se déboucher les yeux pour en prendre connaissance. Les gestes d’altruismes nous entourent, dans les relations d’amitiés, familiales, sociales, caritatives. Des gens donnent généreusement de leur temps, leur énergie et leur argent au profit du bien-être d’autrui, sans égards pour leur propre profit.
Or, malgré les apparences, rien n’est totalement gratuit. Pour celui qui reçoit, certes, mais pas pour celui qui donne. Chaque geste que nous posons, aussi charitable soit-il, n’est jamais totalement désintéressé et son but premier est d’engendrer un retour en notre faveur. C’est ce qu’il nous reste de notre instinct de survie animal, lequel s’est transformé en instinct de survie social, affectif et psychologique.
Que nous en ayons conscience ou non, nous recherchons tous quelque chose par ces actions «altruistes»: se sentir utile; soulager un sentiment négatif comme la tristesse ou la colère; obtenir l’approbation des autres; palier à un manque d’amour de soi; se sentir membre intégré d’un groupe, de la société, d’une famille et ce, en améliorant notre entourage, immédiat ou lointain; maintenir, construire ou réparer une réputation; ressentir la fierté de voir son enfant grandir en force et en santé; avoir l’impression de faire les bons choix; éviter une carence affective (dépendance affective); etc.
L’objectif de ce billet n’est pas d’exprimer un cynisme personnel, mais plutôt de mieux identifier les véritables motivations derrières nos gestes d’altruisme. La connaissance de ces motivations, conscientes ou programmées, peut s’avérer fort utile.
Elle peut nous épargner de s’engager dans des actions altruistes pour de mauvaises raisons, actions qui sont plus susceptibles que d’autres de nous revenir en pleine figure telle une gifle. Une personne qui méconnaît ses motivations intrinsèques développera des attentes tout aussi méconnues et qui le resteront jusqu’à ce que la déception surgisse de façon éclatante.
En revanche, celui qui connaît ses motivations détient alors un énorme pouvoir. Il peut travailler celles-ci, de sorte à assainir ces actions philanthropiques et les rendre plus efficaces. Connaissant ses attentes, il peut les diminuer, les modifier, etc. Il peut aussi plus facilement lâcher prise lorsque celles-ci ne seront plus comblées, évitant alors de nuire à ceux à qui il donne, soit directement, soit en devenant un obstacle à tous les autres qui œuvrent à ses côtés.
Enfin, cette notion nous permet également de nous protéger contre ceux et celles qui nous manipulent par leur «générosité». Certains ignorent qu’ils en font ainsi, probablement car ils méconnaissent eux-mêmes leurs motivations intrinsèques. D’autres le font sciemment, sans vergogne et avec une effroyable efficacité. Celui qui sait que des motivations égocentriques — ce qui n’est pas nécessairement mauvais, comme expliquer ci-haut — se cachent derrière des parures de dons de soi s’arment d’une méfiance qui, si elle ne verse pas dans la paranoïa, peut lui éviter de ce faire rouler!
J’anime les scouts parce que j’aime ça et que les valeurs véhiculées par le mouvement correspondent aux miens. Je me sens utile en ce sens où j’aide les jeunes à développer des aptitudes sociales et une autonomie saines. J’éprouve un sentiment d’accomplissement qui me rend heureux et qui me permet en même temps de pratiquer des activités de plein air.
Mon bonheur, ce que je recherche en premier lieu, est nourri par l’évolution et l’épanouissement des jeunes que j’anime, les bonnes relations avec les autres animateurs et ma modeste contribution à un avenir meilleur. De le savoir fait probablement de moi un meilleur animateur, tout au moins une personne plus agréable à côtoyer.
Sans doute que ce billet ne fera pas l’unanimité.
Cette théorie, je l’ai déjà exprimée à des personnes qui l’ont comprise tout croche, peut-être parce que je ne suis pas parvenu à bien l’expliquer. Quoiqu’il en soit, il ne s’agit surtout pas d’un désaveu du socialisme ni d’un appui à ceux qui prônent la charité personnelle à celle gérée par l’état. Loin de moi l’idée d’enlever à la générosité et l’altruisme leurs vertus ni de rendre vertueux l’égoïsme, déjà très présent dans notre société, justement à cause de la difficulté qu’ont les gens à connaître leurs motivations profondes et leurs besoins.
(Image: ericbegin2000)











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