La vie a le sens de l’humour

21 avril 2008

Marchant d’un pas décidé sur les Voies romaines, de la Méditerranée à la Manche, de l’Atlantique à la mer Noire; sillonnant en caravelle la mer des Antilles, puis rejoignant la mer du Sud par l’isthme de Panama; traversant les Carpathes à l’est pour chasser les Sarrasins, les Pyrénées au sud pour repousser les Maures; observant les réformes politiques athéniennes, de Dracon à Périclès, tout métèque que je suis; appréhendant l’implosion d’une paix européenne, continent militaire prisonnier d’une toile d’alliances qui n’attend qu’une étincelle balkanique pour s’enflammer!

En ce réveil de la terre, et de léthargie humaine définie par un soleil que le smog n’a pas encore éclipsé, c’est dans une modeste cuisine que mes journées s’écoulent.

Les âmes, cueillies, ou recueillies, dans les champs les plus diverses de ce territoire boréal, se succèdent. Elles demeurent parfois, accrochées à un rayon de soleil qui, soudainement, semble embellir une migration professionnelle jusque-là infructueuse. Tantôt, elles ne font que passées, soufflées par un vent qui se lève, plus une brise qu’une rafale, et qui expose un ancrage faible, que l’on savait pour certains, que l’on ignorait pour d’autres.

Quoiqu’il en soit, ce vent est souvent précédé d’une odeur, émanant d’un cubicule au soleil falsifié et qui alerte les plus perspicaces d’un danger imminent. Depuis quelques jours, cette arôme âcre plane dans chaque recoin de l’antre où j’œuvre, attirant quelques-uns de mes comparses vers ce quadrilatère de plâtres aux couleurs apaisantes d’où ils n’en sortent jamais indemnes. Tout juste avant la présente lune, ce fut sur moi que non pas un, mais deux effluves arrêtèrent leurs sillons, lesquels m’indiquaient le chemin de mon destin.

Mon cœur battant tambours mais laissant trompettes muettes, j’engageai le pas vers l’inévitable. Sous leur dôme chevelu, mes neurones s’évertuaient à prévoir des dizaines de réponses à d’innombrables possibilités de propositions, toutes plus inquiétantes les unes que les autres, créant des scénarios plus dramatiques que ce dont sont aptes les scénaristes les plus couronnés de lauriers. Assis entre deux colonnes s’apprêtant à s’effondrer sur mon frêle corps et qui allaient me fixer sur mes fixations que je croyais à tord solidement fixés.

Puis, le marteau du fatidique verdict s’abattit dans un assourdissant tonnerre: j’obtenais une promotion.

La vie a un sacré sens de l’humour, tout comme moi d’ailleurs, qui s’acharne dans ce billet à vous faire vivre, chers lecteurs, l’angoisse qui me gangrenait l’esprit depuis quelques jours. Un important mouvement de personnel sévissait dans l’entreprise où je travaillais et, bien que ne croyant pas être si mauvais employé, j’attendais avec anxiété mon tour. Cette appréhension était née d’une incompréhension générale de la situation, incompréhension générée elle-même par l’absence, souhaitable et souhaitée, d’informations.

La vie a un sacré sens de l’humour, car alors que je tassais, sans repousser définitivement, mes études pour des raisons aussi plates qu’économiques, que je m’abandonnais sans trop d’enthousiasme à l’inéluctable réalité d’un aile marché du travail que je savais d’avance incompatible, j’échoue, par la plus improbable des circonstances, dans les filets d’un emploi que j’apprécie bien, assez pour m’appliquer et m’impliquer, et que, comble de l’ironie, j’en récolte une promotion.

Certes, le passé reste mon avenir, hier occupera mon demain, c’est vers l’arrière que j’avancerai. L’histoire m’attends, non pas comme un personnage historique, mais comme un homme qui œuvrera à ce que les personnages historiques le demeurent. D’ici à ce que je puisse rependre le désherbage de mon titre d’historien, j’ai le bonheur d’avoir bifurqué vers une besogne agréable et gratifiante, qui n’est pas sans rendre plus joyeuse cette mise en tablette de mes études, et même la rendre plus efficaces dans l’optique du but à atteindre.

Bonne journée :-)

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