Surprenant, stimulant, bouleversant, exigeant
J’entame ma quatrième semaine depuis ma petite promotion. Petite, car il s’agit d’une prolongation de contrat ayant le double objectif de faire de moi «l’ancien de service» au sein d’une équipe de travail en perpétuel changement et de me donner l’occasion d’approfondir le métier via des nouvelles responsabilités, de défis et la chance d’exercer un leadership naturel (non établi par un titre hiérarchique), et éventuellement savoir si j’aime ça.
Surprenant, parce que je ne considérais pas être un potentiel candidat à l’avancement. Je ne suis pas le plus rapide ni le plus compétant des participants. Je n’étais pas nécessairement le plus sociable non plus, dans le sens où je faisais mes petites affaires, sans chercher à faire du public relation ni à l’éviter.
Surprenant, parce que j’ai été testé à deux reprises sans le savoir, moi qui croyait que les situations d’urgences dans lesquelles on m’avait parachuté n’étaient que des indices d’un manque d’organisation des cadres. Ironiquement, il semble que ma façon d’organiser mon travail fut un facteur, ajouté à un certain intérêt dans ce que je fais et à mon sens de l’observation.
Stimulant, parce que pour une fois dans ma vie, les efforts que je mets à faire quelque chose pour lequel je manifeste un attrait insoupçonné sont récompensés. Les défis sont plus nombreux depuis trois semaines; on m’a fait confiance pour des soumissions, pour remettre subtilement un peu d’ordre dans certains secteurs d’activités et pour organiser l’enchaînement et la distribution de tâches.
Bouleversant, parce que mes plans initiaux sont remis en doute. À l’origine, je devais faire mon stage de quelques mois, régler en partie mes problèmes financiers, me trouver pour l’été et l’automne un emploi à temps partiel et reprendre les cours dès septembre. Or, les éléments «surprenant» et «stimulant» provoquent la naissance de nouvelles possibilités: repousser en janvier ou septembre 2009 mon retour aux études et travailler à temps pleins jusque-là, ou reprendre des études à temps partiel (étudiant libre) dès septembre, mais continuer à travailler à temps plein.
Bouleversant implique questionnement qui implique inquiétant qui implique déroutant…
Exigeant, non pas par la hausse de ma charge de travail, mais par la période d’adaptation qui m’est exigée par la nature de l’emploi et de l’entreprise. Travailler dans une cuisine ne ressemble en rien à fouiner dans des bouquins d’histoire en vue de la rédaction d’une dissertation.
Je dirais que la plus grande différence se situe au niveau du groupe social concerné. Il n’est pas meilleur ni pire, il est différent. Les mentalités, la façon d’aborder les problèmes, les relations interpersonnelles, le langage sont autant de points qui détonent. Bien sûr, la discipline culinaire amène une certaine standardisation, mais celle-ci s’articule autour de l’art gastronomique, qui répond à des critères parfois diamétraux à ceux de l’art scientifique qui régissent le comportement des professionnels de l’histoire.
On peut sortir l’étudiant en science historique de sa discipline, mais l’on ne peut sortir la discipline historique de son étudiant, aussi éloigné des études qu’il puisse être
L’autre principale adaptation que je doive faire concerne la double mission de l’entreprise. Certes, son objectif premier est d’offrir des services alimentaires de qualité, mais il s’agit également d’une entreprise d’insertion soumise à des normes étatiques précises et à un conseil d’administration chargé de concilier les deux missions. Le personnel en est donc doublement éclectique, regroupant autant de gens appréciant leur stage que d’autres n’y participant que pour se faire «foutre» la paix par Emploi-Québec.
En tant que participant dont le contrat est prolongé, il me faut m’adapter à ces aléas. Je dois développer ma patience envers des comportements qui normalement entraîneraient des mises à pieds ou ma propre démission en cas d’inaction de la par de la direction. Or, il me faut voir mon parcours et celui des autres participants en fonction d’une réintégration du marché du travail, d’une occasion pour tous d’apprendre des ses erreurs plutôt que de payer pour, de développer sa personnalité et parfois, de régler certains problèmes personnels qui entravent les possibilités d’être embauchés.
Cette exigence d’adaptation est, je dirais, le seul véritable facteur pouvant me purger de mon énergie. Le reste, les responsabilités, les défis, le stress et les erreurs m’apparaissent davantage comme des stimulus qui rehaussent mon plaisir au travail, ce qui, pour boucler la boucle, est assez surprenant dans mon cas.
(Image: Aaron Spicer)









C’est bien de voir ton cheminement, si tu vois le stress comme un stimulus, c’est preuve que, même si tu n’es pas dans ta branche, tu avais besoin de ca dans ta vie, pour avancer
Merci pour ton commentaire
Il rejoint une citation de Paul Éluard (alias Eugène Grindel) que j’aime bien me répéter à l’occasion: dans la vie, «il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous».
Je vois que tu as bien défini les alternatives mais je pense, personellement, que le plus important est de complèter tes études, et dans les meilleures conditions, ce qui de donnera plus de possibilités ensuite. Ton boulot est peut-être bien distrayant mais ce serait dommage si tu le laissais te dévier de ton chemin.
Voilà mon opinion, qui n’est peut-être pas la tienne!
Ces alternatives ne concernent pas la fin (terminer mon baccalauréat en histoire), mais les moyens: temps pleins ou temps partiel? Avec ou sans emploi parallèle? Le plus tôt possible ou je me permets un léger report?
Mais sincèrement, plus d’une semaine après ce billet et un mois après ma mini promotion, je constate une chose: je m’ennuie de mon domaine. J’ai hâte de reprendre les cours, de faire des recherches en bibliothèques et de rédiger des dissertations.