Appréhensions
8 juillet 2008
Dans cinq jours, je partirai en canot-camping avec mes Éclaireurs dans la réserve faunique La Vérendrye. À l’instar du jamboree relatif au centenaire du scoutisme l’an dernier, j’éprouve une certaine appréhension envers ce séjour à venir, mais pour des raisons différentes.
À la veille de notre camp d’été 2007, c’était uniquement le volet «rassemblement organisé» qui me tracassait. Je savais que d’autres scouts adultes allaient prendre le contrôle de notre séjour, qu’il s’agisse des organisateurs qui allaient se penser plus important que les «simples» animateurs ou d’homologues d’autres groupes ne pouvant s’empêcher de partager, au mieux, ou de carrément imposer, au pire, leur façon de faire. D’un cas comme de l’autre, je m’attendais à ce que notre autorité en prenne pour son rhume.
C’est effectivement ce qui s’est produit, mais pas de la façon ni au moment que je m’y attendais.
Cette année, ce qui motive mon appréhension est plus personnel et limité à notre groupe. D’abord, nous sommes trois animateurs qui animons depuis entre 4 et 8 ans. En ce qui me concerne, je termine ma septième année. L’épuisement nous a gagné et se manifeste par un certain manque d’imagination dans notre façon d’animer, un perte de patience, mais surtout, une diminution évidente de notre pugnacité face à tous les aléas du bénévolat dans un mouvement jeunesse.
Mais cet épuisement ne serait pas aussi prononcé si les conditions d’animation ne devenaient pas de plus en plus difficiles. En tant qu’animateurs, nous sommes confrontés à une pression à trois côtés générées par le changement de culture des jeunes, de leurs parents et d’une certaine bureaucratie scoute qui craint plus une baisse d’adhésion qu’une perte de qualité occasionnée par un nivèlement par le bas.
Aujourd’hui, les jeunes se considèrent de plus en plus comme des adultes, alors qu’en réalité, ils n’ont pas la moitié de la volonté et de la débrouillardise que nous avions à leur âge. Pour vous donner une idée, il y a une plus grande différence entre ma vision du scoutisme et celle des jeunes qu’entre ma vision et celle d’un de mes collègues. Pourtant, je n’ai qu’une décennie de différence avec les premiers contre presque trois avec le second.
Bref, cela nous donne des jeunes qui peinent à se mettre au boulot pour monter un campement viable, alors qu’ils sont capables de déballer une quantité incroyable d’arguments, de «oui-mais» et de solutions de rechangent qui nous laissent parfois bouches bées. La théorie l’emporte sur la pratique, une réalité à deux niveaux, car non seulement n’appliquent-ils pas la pratique que nous leur proposons, ils ne parviennent pas à transformer leurs magnifiques théories en quelque chose de concret.
Quant aux parents, ils sont en partie responsable de ce comportement, car bien qu’il s’agisse d’un phénomène de société, ils en sont les membres les plus influents sur leurs enfants. De plus, j’ai l’impression qu’ils cherchent de plus en plus à ce qu’on adapte le scoutisme à l’individualité de leurs enfants plutôt que d’encourager ces derniers à vivre pleinement le scoutisme tel qu’il est proposé à la base. Enfin, dans un souci de maintenir un niveau d’adhésion «respectable», certains scouts adultes ne cherchent qu’à se plier aux nouvelles exigences de la jeunesse moderne.
Que je me trompe ou non dans mon explication des mystères du scoutisme des années 2000, un fait demeure: nous avons plus de difficultés à faire vivre à nos jeunes un scoutisme de qualité. Ce que nous parvenons à inculquer un jour n’est qu’une réussite au détriment d’un autre aspect qui se détériora dans les jours suivants. C’en est frustrant et démoralisant.
Ainsi, j’ignore si la préparation psychologique sur laquelle nous avons travaillé avec nos jeunes et qui semble avoir amené une certaine prise de conscience se concrétisera durant le camp. Par exemple, malgré notre insistance sur la nécessité d’avoir un ensemble imperméable (manteau et pantalon) efficace et durable, j’appréhende des déchirures pour les vêtements en PVC et l’inondation de simples coupes-vent considérés à tort convenables.
Ce n’est qu’un exemple des dérapages qui pourraient survenir. Dans un camp fixe et près des routes, nous ne nous en ferions pas trop avec ces risques d’avaries. Mais dans le cadre d’un camp itinéraire, éloigné des voies carrossables, durant lequel il faut pagayer tous les jours et pour lequel nous devons réduire au minimum notre matériel, nous prenons ces risques plus aux sérieux.
Certes, nous sommes préparés à affronter diverses situations fâcheuses, mais ce qui nous purgent, c’est qu’elles sont de plus en plus causées par un certain manque de considération pour notre travail d’animateur, que ce manque vienne des jeunes, de leurs parents ou des autres adultes du mouvement. Un jeune qui ne peut plus utiliser son imperméable parce qu’il l’a déchiré en montant le campement dans des conditions difficiles, c’est une situation avec laquelle nous pouvons dealer. Mais un jeune qui, après une journée, ne peut plus utiliser son imperméable parce que ces parents n’ont pas daigner lui offrir mieux qu’un ensemble en plastic du Dollorama, voilà une situation avec laquelle nous avons plus de difficulté à dealer.
D’abord, le jeune est souvent désemparé face à une situation qui lui fut imposée, en plus d’être coincé entre l’avis de ses parents et l’expertise de ses animateurs. Ensuite, parce qu’en tant qu’animateurs qui donnent du temps, de l’énergie, des efforts et souvent de l’argent (plusieurs petits dix dollars d’essence par-ci par-là pour diverses commissions, ça s’accumulent !), cela est aussi plaisant que de recevoir une gifle en plein visage après avoir rendu un service quelconque.
Ainsi donc, j’ai quelques appréhensions envers ce camp que je n’ai pas normalement. Ma façon de m’assurer de remplir pleinement mon rôle d’animateur est de m’équiper convenablement. Habituellement, je m’en remet aux matériels de troupes pour m’assurer un certain confort, comme celui d’avoir un abri pour dormir et un réchaud pour ma nourriture. Mais cette fois, je me suis équipé et préparé de la même façon que je l’aurais fait pour une aventure en solo.
De cette manière, je m’assure un confort et une sécurité personnelle. Cela représentera un stress de moins, ce qui me permettra de mieux encadrer les jeunes et de libérer davantage de matériel de troupe, puisque je n’en dépendrai plus moi-même. J’ignore si ma façon d’expliquer les choses traduisent bien ma philosophie, mais en gros, si je n’ai plus à m’inquiéter pour moi-même, je ne serai que mieux disposer à réagir énergiquement aux différents incidents pouvant survenir et qui, autrement, rendrait moins agréable l’expérience de camp des jeunes.
En résumé, j’ai mon propre moustiquaire, mes propres bâches, mon réchaud polycarburant, mes petites collations, un nouvel imperméable de qualité, des sacs étanches, un nouveau sac de couchage à l’épreuve des températures abitibiennes, etc. Ça m’a coûté un certain montant pour renouveler et compléter mon équipement, mais si ça peut me permettre de vivre et faire vivre un beau camp, j’en serai satisfait.
P.S.: Désolé pour les erreurs de langue. Je n’ai pas pris le temps de me relire et me corriger avant de publier.
Entry Filed under: Scoutisme. Mots-clefs: équipement, canot, Plein air, réserve faunique La Vérendrye, Scoutisme.
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1.
lutopium | 9 juillet 2008 at 00:58
Salut Gradlon… Au moins, tu sais à quoi t’attendre! Je te souhaite un beau voyage et de très belles aventures… Y’aura certainement quelques jeunes plus aptes à s’impliquer dans le trip et qui peuvent rendre le tout un peu plus agréable…
Et les parents… ils sont incroyablement “brainwashés” par la sur-consommation. Comme tu le dis, la principale cause des problèmes.
2.
AntiPollution | 9 juillet 2008 at 10:53
Gradlon, je crois que le scoutisme vit peut-être ses dernières années. Malheureusement, le scoutisme sert, pour beaucoup trop de parents, d’endroit pour se débarasser de leurs enfants les soirs de semaines ou les fins de semaines ou encore pendant les vacances.
Je crois que pour réussir un camp scout il faut un mélange entre les idées des jeunes la sagesse des animateurs.
Bonne chance et si les imperméables sont obligatoires, n’oubliez surtout pas les anti-moustiques !.
3.
Gradlon | 9 juillet 2008 at 16:25
Merci.
@ lutopium
Les parents des jeunes qui sont dans le mouvement depuis plusieurs années sont aux faits de nos objectifs et ne nous entravent pas trop. Même que quelques-uns sont d’indispensables aides lors de camps ou d’activités de financement. Ce sont les parents des plus jeunes, ou des plus nouveaux, qui agissent de plus en plus comme si le scoutisme était à «leur» service, plutôt qu’au service de la jeunesse (et non du jeune), et qu’il faille par conséquent nous plier à leurs caprices.
@ Antipollution
Peut-être faudrait-il que le «mouvement scout» s’éteigne pour laisser la chance à la «philosophie scoute» de survivre.
Ah, les moustiques ! Nous avons des moustiquaires pour y dormir la nuit. Quant aux lotions chasse-moustiques, la troupe s’est prémunie d’une réserve, à l’insu des jeunes, afin de s’assurer que tous s’en achètent et ne se rabattent pas exclusivement sur cette réserve.
4. Quand les astres s’&hellip | 19 décembre 2008 at 08:35
[...] avant de partir en camp d’été avec ma troupe d’éclaireurs, je vous partageais mes appréhensions. Trois mois plus tard, j’expliquais que je sentais la fin de mon aventure scoute, mes [...]