Je ne commencerai pas ce billet en vous annonçant que des élections fédérales auront lieues le 14 octobre prochain; ce n’est plus une nouvelle pour personne. Mais en vous informant que je ne vais pas vous annoncer que des élections fédérales auront lieues le 14 octobre prochain, je fais exactement ce que je n’avais pas l’intention de faire: vous annoncer que des élections fédérales auront lieues le 14 octobre prochain.
Ceci représente donc une flagrante contradiction. En voici une autre, de flagrante contradiction: un premier ministre conservateur qui souhaitait faire passer une loi pour des élections à dates fixes afin d’empêcher les partis et leurs candidats de profiter d’un vent favorable pour déclencher des élections et qui, alors que les sondages lui donnent l’avance, parfois même la majorité, demande à la gouverneure générale Michaëlle Jean de dissourdre le parlement pour envoyer les Canadiens aux urnes.
Le premier paragraphe de ce billet est également répétitif. C’est ce à quoi nous devrons nous attendre lors de cette campagne aux candidats plutôt faibles.
Nous avons d’abord Stephen Harper, dont la plus grande faiblesse est son
propre parti. Le comble de l’ironie. Le nouveau chien-chien de George W. Bush au Canada est celui qui arbore la plus solide colonne vertébrale, ce qui lui attire une grande sympathie, mais il est à la tête d’un parti qui, au fond, ne recueille de la véritable sympathie que dans l’ouest (plus de l’Alberta qu’autres provinces) et dans une certaine région où le fleuve rétrécit. L’idéal de solidarité québécoise aussi, probablement.
Rappelons-nous que le seul argument, ou plutôt la seule arme de M. Harper en 2006 fut le scandale des commandites. Toute une arme, me direz-vous? Imaginons-nous un instant que le scandale des commandites n’aient jamais eu lieu. Le gouvernement serait aujourd’hui libéral et majoritaire à n’en point douter. Des arguments forts pour défendre les idéaux de son parti, M. Harper n’en avait aucun en 2006, du moins pas assez forts à l’extérieur des bastions (anciens et nouveau) mentionnés ci-haut.
Viens ensuite Stéphane Dion, devenu chef du parti libéral du Canada après un incroyable dénouement. Si M. Dion s’est avéré un redoutable tacticien dans les coulisses de la course à la chefferie, il ne fait pas l’unanimité au sein
même des libéraux fédéraux. Le talent et les idées, parfois diamétralement opposés dans la dichotomie gauche-droite, faisant de lui un centriste par les extrêmes, appartenaient davantage à Michael Ignatieff, favori jusqu’à la dernière minute.
Qu’a fait M. Dion depuis deux ans? Presque rien. Il ne démontre pas beaucoup d’ardeur en Chambre et ne semble être capable de défendre qu’un seul enjeu: l’environnement. À plusieurs occasions, le chef libéral avait la chance de renforcer son leadership en renversant le gouvernement conservateur, mais il n’en fit rien. La campagne électorale débutée hier, on ignore toujours quelles sont les positions de M. Dion et le site du parti est peu explicite à ce sujet, à l’exception du fameux «Tournant vert», qui a sa propre enseigne électronique.
Bien que plusieurs analystes considèrent que les progressistes sont divisés en quatre, il n’y a véritablement que deux partis progressistes fédéraux: les néo-démocrates et les verts. En effet, le bloc québécois ne récoltera que des votes dans la Belle Province alors que jusqu’ici, le seul point progressiste du «programme» libéral est son tournant vert, ce qui est trop peu pour juger du progressisme d’un parti.
Les néo-démocrates (nouveau parti démocratique) ont à leur tête l’un des chefs ayant la meilleure longévité pour un parti d’opposition. Jack Layton a assurément l’expérience dans son camp, mais est-ce suffisant? Celui qui attire la sympathie avec sa moustache n’a jamais obtenu le haut de l’affiche. Non seulement un chef peu charismatique comme Stéphane Dion et un séparatiste comme Gilles Duceppe
ont créé plus de vagues depuis 2006, mais l’arrivée de Thomas Mulcair, deuxième député néo-démocrate du Québec après Phil Edmonston, député de Chambly de 1990 à 1993, jette également de l’ombre sur M. Layton.
Heureusement pour les néo-démocrates, le NPD récolte toujours plus de sièges depuis les élections de 2000. C’est que le parti récolte bénéficie d’un appui considérable dans les provinces maritimes et en Colombie-Britannique. Pour le moment, seul un sondage ne faisant pas l’unanimité prédit des pertes de sièges aux néo-démocrates, notamment face à une hausse de popularité des conservateurs dans la province du Pacifique.
Bien que le programme du parti n’est pas encore été renouvelé, il semble que les verts désirent amorcer un élargissement de leurs enjeux, ce qui pourrait leur donner davantage de poids dans la gauche canadienne que ce que leur
permettait leur principal cheval de bataille: l’environnement. Le PVC (parti vert du Canada) est dirigée depuis 2006 par Elizabeth May, dont on dit du bien, quoique je ne la connaisse pas du tout. Chose certaine, elle est persévérante, elle qui envisage un recours devant les tribunaux pour renverser la décision du consortium des médias excluant son parti des deux débats télévisés.
Une participation aux débats est probablement la seule chance d’avancement du parti vert dans les intentions de votes, malgré la présence d’un premier député à vie, le transfuge libéral Blair Wilson. Il faut dire que le «tournant vert» des libéraux, additionné à leur plus grande couverture, fait de l’environnement son apanage au détriment des verts.
Enfin, les Québécois peuvent voter pour un parti exclusif: le bloc québécois. Son chef, Gilles Duceppe, a perdu des plumes depuis les dernières élections, principalement à cause de trois facteurs: la reconnaissance de la «nation québécoise» par le parlement canadien, la perte de popularité de l’échéancier référendaire (à différencier de l’option souverainiste) et sa désastreuse aventure d’un jour dans la course à la chefferie du parti québécois.

De plus en plus de gens, incluant des souverainistes de longue haleine, remettent en question la pertinence d’un parti indépendantiste à Ottawa, arguant que la sécession se fera d’abord et surtout à partir de Québec. Plusieurs se demandent également quelles seront les armes de M. Duceppe, lui qui ne peut presque plus s’appuyer sur l’identité québécoise ni sur le scandale des commandites.
Pourtant, la campagne est à peine entamée que M. Duceppe montre les crocs. Advenant que les analystes prédisant que 2008 sera sa dernière campagne, voire même la dernière du bloc, celui qui fut un temps considéré par le ROC (rest of Canada) comme le plus charismatique des chefs libéraux ne tirera pas sa référence sans livrer une honorable bataille.
La campagne électorale fédérale de 2008 se dessine comme l’une des plus viles et belliqueuses. Peut-être est-ce parce qu’il s’agit-là des seuls objets contondants sur lesquels les chefs peuvent mettre la main avant de se jeter dans la mêlée. Tous les chefs sont dans des situations précaires, qu’il s’agisse de leur réputation défaillante, du boulet que représente leur parti, de leurs enjeux qui s’effritent ou de leur trop grand manque d’appuis. Ce ne seront ni les grandes idées ni les personnalités qui marqueront cette campagne.
La course n’en sera pas moins palpitante, car rien n’est joué encore. Si un sondage donnait hier une majorité aux conservateurs, un autre annoncera demain une légère avance libérale. Il en ira de même des sondages prévoyant une débandade du bloc au profit des bleus foncés.
Photos
Stephen Harper: Martin Alarie, CourrierLaval
Stéphane Dion: Robert J. Galbraith
Jay Layton: Nouveau parti démocratique du Canada
Elizabeth May: Green Party of Canada
Gilles Duceppe: Photo PC
Discussions