Quand les astres s’alignent
Au début du mois de juillet, soit quelques jours avant de partir en camp d’été avec ma troupe d’éclaireurs, je vous partageais mes appréhensions. Trois mois plus tard, j’expliquais que je sentais la fin de mon aventure scoute, mes inquiétudes de l’été ayant été fondées. Ma décision était prise de quitter la troupe après le camp d’automne, un 36 heures de survie en forêt. Seul un alignement des astres avait le pouvoir de me retenir, car je n’avais pas l’intention d’intervenir moi-même pour que change la situation, qu’il se soit agi de modifier ma propre façon de voir les choses ou d’exiger des accommodements à la troupe en raison de mes sentiments.
Contre tout espoir, les astres se sont alignés. Les choses ont changé à la troupe, grâce à une conjoncture davantage, voire presque exclusivement, qu’à la volonté humaine.

En début d’année, je sentais que mon ancien rôle de « préfet de discipline » me pesait encore sur les épaules. Je craignais que le froid que mon zèle, dont je considère que c’était ma seule alternative, avait installé entre moi et les jeunes n’allait pas se réchauffer de sitôt. Cette impression était confortée par un pressentiment que ce rôle disciplinaire n’allait pas être repris avec la même ardeur ni même avec une rigueur minimale. J’explique mieux mon point de vue à ce sujet dans les paragraphes 15 à 18 du deuxième lien ci-haut.
La relève espérée n’est toujours pas au rendez-vous et je n’ai pas transgressé la décision que j’avais prise de ne plus faire de discipline. Or, l’ordre et l’organisation sont au rendez-vous cette saison, ce qui s’explique par la taille et la composition de la troupe. Ces deux facteurs sont, selon moi et ma co-animatrice, les principales raisons du changement observable depuis septembre.
Contrairement aux saisons précédentes durant lesquels le nombre de jeunes oscillait entre sept et onze, la troupe ne s’élève actuellement qu’à cinq éclaireurs. Parmi ceux-ci, nous avons deux anciennes de troisième année dont la maturité est presque celle d’une pionnière, les Pionniers étant la branche scoute des 15 à 17 ans. Nous avons également trois nouveaux : une fille et deux garçons. Chacun a une prédisposition à la discipline à différents niveaux.
Pour la première fois, la totalité de nos anciens exerce une influence positive sur les nouveaux. Nos deux anciennes sont à leurs affaires et aptes à montrer des techniques aux plus jeunes, ce qu’elles font tout naturellement. Notre seule fille en première année dégage un certain entêtement qui est fortement atténué, voire neutralisé quant à moi, grâce au comportement de nos anciennes. Si l’une d’elles n’avaient pas été aussi disciplinée que l’autre, il aurait pu en être autrement, sans que cela soit absolument insupportable. Juste désagréable.
L’un de nos garçons en première année est un jeune homme débordant d’énergie et qui dit débordement dit aussi manque de contrôle. Nous le croyons hyperactif, car il a de la difficulté à tenir en place et adopte parfois un comportement envahissant. Nous ne sommes cependant pas des médecins et il ne s’agit donc pas d’un diagnostic. D’ailleurs, nous ne basons pas notre conduite envers lui selon ce qu’il pourrait être médicalement parlant, mais sur ce que nous croyons que le scoutisme peut lui offrir de positif.
Heureusement, jusqu’à tout récemment, il était le seul garçon de la troupe et entouré de trois filles ordonnées de surcroît. Bien sûr, il aurait pu être ce genre d’enfants qui nourrissent eux-mêmes leur surplus d’énergie à dépenser, mais il semble que l’absence d’influences négatives calme ses besoins d’action. L’arrivée cette semaine d’un nouveau garçon à la troupe aurait pu changer la donne si ce n’était de la placidité, la volonté et la prévenance naturelles de ce dernier.
Auparavant, il était délicat pour un animateur de badiner sans que s’ensuive un dérapage. Il était tout naturel pour les jeunes de se faire rappeler à l’ordre lorsque l’un d’eux « déconnait», car ils avaient l’impression d’avoir fait quelque chose d’inapproprié dont le redressement de la part des adultes n’était que la suite, ou la conséquence, logique. Quant un animateur blaguait, ils perdaient en quelque sorte leurs points de repères.
Nous ne rencontrons pas ce genre de situation cette saison. Je peux davantage me laisser aller à quelques divagations humoristiques sans que cela engendre une perte de contrôle. Les plus vieux savent mieux identifier le moment où le sérieux doit reprendre sa place et, le cas échéant, l’intervention de l’adulte devient un rappel amical plutôt qu’une abrupte interruption semant l’incompréhension. Les nouveaux ignorent peut-être comment faire le discernement, mais ils imitent les anciens sans broncher.
Cet état me permet également de laisser la conversation dériver sur des thèmes plus ou moins sérieux, selon l’intérêt des jeunes ou ma propre volonté d’inclure des parenthèses à la discussion. Parfois, ce n’est que bavardage futile. Quoi qu’il en soit, ces écarts sont possibles grâces à deux choses : l’efficacité des jeunes dans l’accomplissement des tâches qui leur sont dévolues et leur capacité à « revenir à leurs moutons » assez rapidement. Une évolution remarquée par rapport aux saisons précédentes.
Enfin, le caractère que prend mon animation en présence de deux jeunes au terme de leur aventure éclaireur et le déroulement d’une cérémonie en particulier m’ont fait prendre conscience que le temps était venu pour moi de passer à un autre niveau. À l’instar des jeunes, je poursuis une sorte de cheminement au sein du scoutisme. Mon passage chez les Louveteaux m’a apporté certaines choses, puis je suis passé chez les Éclaireurs, ce qui m’a permis d’acquérir autres choses. Ceci s’applique également à ce que j’apportais aux jeunes de ces unités.
Le début de la saison scoute en cours me donne un aperçu intéressant du potentiel qu’auront les pionniers l’an prochain. Présentement, il n’y a pas de poste dans notre groupe. Non seulement je pense être rendu à ce niveau dans mon parcours d’animateur, mais l’ouverture d’une unité scoute est une aventure qui peut être très palpitante. Découvrir cette branche en compagnie des actuelles troisièmes années de la troupe ainsi qu’avec quelques anciens éclaireurs de l’année dernière me motive, ce qui ne m’était pas arrivé au sein du scoutisme depuis des lunes.
Image: gravure sur bois de Flammarion.









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