La suite des choses…

Qu’elle sera-t-elle pour les étudiants de l’Université du Québec à Montréal ? Les professeurs en sont à leur quatrième semaine de grève et, depuis plus ou moins une quinzaine de jours, plusieurs associations étudiantes ont emboîté le pas. Donc, malgré l’injonction de la cour interdisant aux professeurs d’obstruer les accès au campus et de perturber les cours donnés par les chargés de cours, plusieurs heures de classes sont annulées.
Ma dernière présence sur le campus remonte au 16 mars, alors que je m’étais rendu à mon cours sur l’histoire des États-Unis, lequel n’avait pas eu lieu. Depuis, je n’ai pas pris le risque de gaspiller mon maigre pécule en déplacements en vain, soit parce que l’accès aux salles de classes est impossible ou que les cours ne puissent avoir lieu faute d’une assistance suffisante.
Je suis cependant allé visiter le Château Dufresne, une activité hors campus pour lequel mon intérêt n’était pas influencé par les conflits en vigueur. De plus, le directeur général de l’endroit nous avait spécialement ouvert les portes en soirée et avait bénévolement animé la visite qui débordait des cadres traditionnels de la visite guidé. D’ailleurs, cette visite m’a confirmé un sentiment que j’avais déjà, à savoir que je serais bien heureux de travailler dans un musée d’histoire.
Je me rends également à mes ennuyants cours de français tous les jeudis, ceux-ci étant donnés au Collège Montmorency, donc hors campus. Je ne voulais pas sacrifier la réussite de ce cours, car je ne désirais absolument pas devoir le reprendre en septembre. De ce côté, je suis tranquille, puisqu’il ne reste qu’un seul cours (donc aucune chance que les conflits actuels finissent par s’étendre à lui) et que j’ai de très bonnes notes (oh, quelle surprise !).
Devoir reprendre ce cours aurait non seulement était intolérable, mais je ne voudrais plus jamais avoir à faire avec le professeur qui le donne. Je ne veux pas juger de ces intentions, mais elle a plus d’une fois insulté mon intelligence. En effet, à plusieurs reprises, elle a véhément critiqué le type d’enseignement que mes professeurs pratiquaient au primaire et au secondaire, une méthode et des trucs qui fonctionnaient très bien pour moi.
Un exemple ? Vous rappelez-vous du truc qui permettait de retrouver le sujet d’un verbe, à savoir la fameuse question « qui est-ce qui » ? Mon actuel professeur a démoli ce truc en affirmant qu’en utilisant le pronom relatif qui, notre cerveau cherchait automatiquement une personne en guise de sujet, alors que celui-ci pouvait très bien être une « chose ». C’est se moquer de l’intelligence des gens, car voyez-vous, à dix ans, je savais déjà que le pronom qui, employé dans cette circonstance, n’impliquait pas automatiquement une personne. Je parvenais très bien, la plupart de mes collègues également, à trouver le sujet du verbe même si celui-ci n’était pas une personne. Je n’étais absolument pas obligé de me demander « qui est-ce qui » d’abord et, advenant l’absence de réponse, enchaîner avec « qu’est-ce qui ».
L’astuce que donne le professeur pour remplacer cette formule, qui peut s’avérer agrammaticale selon le sujet, fonctionne très bien. Il s’agit de l’encadrement par « c’est qui ». Par exemple, dans la phrase « Gradlon écrit un billet », il suffit de trouver lequel des mots on peut encadrer par « c’est qui »: c’est Gradlon qui écrit un billet. Une astuce fort bien futile dans le fond, puisque pour savoir quels mots peuvent s’encadrer par « c’est qui », le cerveau se pose inconsciemment la question « qui est-ce qui ?»
Revenons au sujet principal de ce billet: la suite des choses pour les étudiants uqamiens.
À partir de cette semaine, les cours annulés en raison des grèves devront être repris. Si les étudiants ne votent pas la reconduction de leur grève, les cours donnés par les chargés de cours ne devraient, théoriquement, être prolongé que d’une ou deux semaines, selon les différentes dates d’assemblées étudiantes. Il faut demeurer toutefois prudent, car l’accès au campus n’est pas aussi garanti que le voudrait l’injonction de la cour. Il n’est pas nécessaire de barrer physiquement ou psychologiquement (insultes, menaces) les portes pour bloquer l’accès aux salles.
D’un autre côté, les étudiants se sont rendu compte qu’ils ne menaient pas le même combat que les professeurs et qu’ils étaient même manipulés par ceux-ci. Bien sûr, parmi les étudiants en grève, il y en a qui se mobilisent pour les mêmes raisons qu’en 2008, à savoir d’exiger le maintient des frais de scolarité, d’obtenir un financement adéquat et d’empêcher la privatisation. Toutefois, je pense que la majorité des étudiants s’étaient mobilisés également et surtout pour appuyer les professeurs. Maintenant que l’une des deux raisons ne tient plus et qu’ils se retrouvent fins seuls pour la seconde, seront-ils encore prêts à sacrifier leur session ?
Personnellement, je ne peux pas me permettre une importante prolongation de la session. Mes ridicules versements en prêts gouvernementaux sont terminés, un étirement de la session n’y changeant strictement rien. Il me reste encore des prestations d’assurance-emploi à recevoir, mais aucune d’elles ne me sera verser tant que je serai aux études, car je serais évidemment indisponible au travail. Enfin, il est difficile dans mon patelin de se trouver un emploi à temps partiel qui se conjuguerait bien avec mon étrange horaire scolaire.
Je ne souhaite pas que les professeurs fassent une entorse à leurs valeurs et principes pour revenir en classe. Je souhaite encore moins que le gouvernement adopte une loi spéciale (ils évitent hypocritement d’employer ce terme) pour forcer leur retour au travail. Advenant une poursuite de la grève par les professeurs, je préfèrerais qu’on annule leurs cours plutôt que de prolonger la session, à moins que la négociation des critères de validation de la session ne permette une prolongation « écourtée ». Malheureusement, seule la loi spéciale, forçant le retour au travail pour le 19 avril, semble pouvoir permettre cette éventualité.
Dans mon cas, un reprise, non perturbée par les professeurs, des cours donnés par les chargés de cours serait suffisant, même si l’administration devant invalider ceux dispensés par le corps professoral. Cette situation serait cependant problématique, voire inacceptable, par plusieurs autres étudiants pour qui les professeurs représentent la majorité des enseignants.
L’idéal serait un retour au travail jovial permis par une entente satisfaisante pour tous, et ce avant l’ultimatum des dix jours imposés par la ministre Courchesne. On peut toujours rêver !
(Photo: Émilie Tournevache)







Une prolongation écourtée? C’est quoi ça?
Accent Grave
Pour le moment, il est prévu que chaque heure de cours doit être reprise. Les conditions de validation de la session restent néanmoins à être négociées. Ainsi, peut-être que le corps professoral et l’administration arriveront à une entente permettant de terminer plus rapidement la session que ce qui est actuellement prévu.