Objectivité 2: la revanche des subjectivators

2009 juin 6

Auguste Rodin - Le PenseurAvouez qu’une personne n’ayant aucune notion en anglais pourrait croire qu’un titre comme The Objectivity 2: Revenge of the Subjectivators puisse être celui d’un nouveau film de Michael Bay, celui-là même qui a pondu les très sérieux et spirituels Pearl Harbor et Mauvais Garçons II. En réalité, ce titre, qui traduit la passion que j’éprouve, sans haine, pour le cinéma hollywoodien, coiffe un billet dans lequel je vais me prononcer sur un sujet déjà si bien entamé par le blogueur Renart L’éveillé dans «Pour en finir avec l’objectivité sur les blogues».

Question existentielle qui transcende l’exercice blogal: l’objectivité existe-t-elle ? À cette interrogation, je réponds qu’elle est aussi concrète que la perfection. Autrement écrit, je ne crois pas qu’on puisse atteindre l’objectivité, mais à l’instar de la perfection, je pense qu’il y a des domaines où l’humain doit tenter de s’en rapprocher le plus possible. Ainsi, même si je sais qu’un journaliste, et c’est particulièrement le cas dans nos médias contemporains, ne peut atteindre l’objectivité (qui n’implique pas, selon moi, de demi-mesures possibles), je m’attends, et c’est pourquoi je suis si souvent déçu, qu’il cherche à s’en rapprocher le plus possible.

Tout comme le concept de perfection, celui d’objectivité m’apparaît soumis à la relativité. Ainsi, peu importe les efforts que je déploierai pour mener objectivement une étude historique sur les Patriotes du Bas-Canada dans les premières décennies du 19e siècle, je me retrouverai toujours confronté à quelqu’un qui soupçonnera ma subjectivité. Cette personne aura raison, car même en science, nous sommes soumis à des désirs, des espoirs, de la fierté, de la déception et autres émotions qui guident, de près ou de loin, nos interprétations.

Est-ce que cela veut dire que l’être humain soit incapable de prendre du recul, d’analyser une situation dans son ensemble, d’être rationnel ? Je ne pense pas. Cependant, lors d’un exercice de détachement, de deux choses l’une: soit l’individu se sait vulnérable à l’émotivité et se force à «l’objectivité», soit que son détachement se fait automatiquement en raison d’une implication émotive préalablement négligeable. Pour l’un comme pour l’autre, le raisonnement de l’être humain est mû par une certaine subjectivité.

Maintenant, une personne consciente de sa subjectivité est probablement mieux placée pour apprécier les efforts d’autrui dans leur propre recherche d’objectivité. Renart affirme que « se targuer de l’objectivité en-soi dans la blogosphère, c’est insidieusement s’habiller de l’argument d’autorité, mais cet habit-là taillée de son propre égo qui en plus en beurre épais. » J’ajouterais que, bien souvent, la meilleure façon de prouver son manque d’objectivité  (ou plutôt sa subjectivité) est de se défendre trop ardemment d’en faire usage et de servir cet argument trop souvent pour démonter ceux des autres.

M’enfin, je partage cette théorie toute en subjectivité !

(Photo: innoxiuss)

2 réponses leave one →
  1. 2009 juin 6

    Bonne mise au point!

    Pour l’objectivité relative, à bas l’objectivité monolithique!

  2. 2009 juin 7

    Merci :)

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