Il suffit d’un instant
Les plus «internetophiles« auront certainement vu dès ses premières mises en ligne cette publicité britannique sensibilisant les jeunes sur les dangers de «texter» au volant. Beaucoup d’autres doivent l’avoir vue à l’émission TVA en direct.com le 3 septembre et que, sans surprise, Le vrai négociateur, Claude Poirier, a reprise à son émission le lendemain matin, sur les ondes de LCN.
Il existe des centaines d’autres façons dont les gens ont pu visionner ladite vidéo. Quant à moi, je l’ai vue sur un blogue propulsé par Sympatico/MSN, ce lundi. La voici :
Au Québec, les publicités choc de la Société de l’assurance automobile du Québec sont parfois l’objet de vives critiques. Pourtant, la société d’état n’est jamais allée aussi loin que le département de police de la ville de Gwent. Bien sûr, la SAAQ a déjà commandé des publicités brutales montrant des accidents automobiles et leurs conséquences, mais pas au coeur du même segment ou, du moins, pas de manière aussi efficace. Car effectivement, je trouve cette publicité très réussie, particulièrement la seconde partie.
Tout d’abord, on prend moins de 30 secondes pour montrer l’accident. La portion collision d’un accident de la route s’étend très rarement au-delà de ce délai. Tout va très vite. L’élément déclencheur d’un accident se déroule en un instant encore plus bref. Un claquement de doigt suffit pour passer du contrôle à la déroute, de la confiance à la peur, de la vie à la condamnation à mort. Un regard égaré, une émotion subite, une déconcentration momentanée, un coup de volant éphémère, un passage de quelques millisecondes sur un secteur de chaussée incertain… il n’en faut pas davantage pour causer un accident.
Imaginons alors plusieurs de ces instants fugaces réunis dans un seul comportement tel qu’une conversation textuelle!
Toutefois, le plus efficace à mes yeux arrive au cours des trois minutes suivantes, car là réside réellement tout le drame de la situation. C’est à ce moment que toutes les conséquences se bousculent. La conductrice qui prend conscience de ce qui vient de se produire; la passagère qui était vivante dix secondes plus tôt; les voitures embouties; l’arrivée du premier répondant; les témoins impuissants; les secours qui se précipitent; la nouvelle orpheline que les événements dépassent totalement; le bébé ayant à peine vécu, fauché en toute innocente, la sienne; des cours de journées brusquement interrompus par le plus inattendu et des vies stigmatisées par le souvenir de l’une des plus brutales façons de mourir.
Pour presque toutes les personnes impliquées, directement ou indirectement, dans un accident, ce n’est pas la (ou les) collision qui est le plus intolérable et le plus cruel, mais bien ce qui suit immédiatement après et qui s’éternisera jusqu’au dernier souffle des survivants et des témoins. Cette publicité expose, tragiquement, bien les premières minutes de ces «après», les plus invraisemblables, les plus brusques et probablement les plus terribles de toutes.
Au Québec, les autorités ont prohibé l’utilisation du cellulaire au volant et donc les conversations textuelles. Une telle publicité aurait pourtant toute sa place, car au-delà de mettre en garde contre le «texto au volant», elle prévient le conducteur qu’il manifeste un confiance inappropriée en la conduite automobile, qu’il en oubli trop souvent les dangers et qu’il n’a plus conscience que la mort frappe à la même vitesse qu’à laquelle les voitures roulent.
De combien de comportements démontrant cette amnésie des menaces inhérantes à la vitesse, la nôtre autant que celle des autres, l’excessive autant que la légitime, pouvons-nous être les témoins en une seule journée sur les routes du Québec ? Combien de ces brefs moments qui passent à un cheveu d’être des éléments déclencheurs d’un accident ? Alarmiste, dites-vous ? Probablement, mais malheureusement tout autant réaliste.









Je crois que le vrai problème avec ces campagnes de publicités, c’est qu’elles n’atteignent pas les jeunes, les jeunes ne regardent pas la télévision. Comment faire porter ces publicités devant leurs yeux, that is ze question.
@ AntiPollution
Le défi est double: porter ces publicités devant les yeux des jeunes et leur montrer quelque chose qui va vraiment les atteindre.
Dans un univers où les jeunes peuvent choisir ce qu’ils veulent regarder au moment où ils veulent bien le regarder, leur mettre une telle publicité sous les yeux est un défi.
Dans un univers où les jeunes sont bombardés d’images, les ayant exposés depuis longtemps à des scènes morbides et des effets réalistes dans le cadre d’exercices de pur divertissement, les choquer et les faire réfléchir est un tout autre défi.