Les limites des cyberdiscussions
Les discussions sur l’Internet ont leurs limites. L’incompréhension y est plus courante que lors des conversations de vives voix. Les personnes qui sont conscientes de ces limites et qui se retrouvent devant des propos trop ambigus pour forger une réplique vont généralement demander à l’interlocuteur de préciser sa pensée. Ceci ne garantit toutefois pas la compréhension parfaite et le bons sens voudrait, selon moi, que les interlocuteurs se donnent une poignée de mains virtuelle et passent à autre chose.
D’autres ne semblent pas avoir consciences de ces limites ou, du moins, ils ne souhaitent pas les considérer. Dans certains cas, les interlocuteurs vont simplement considérer que les mots représentent parfaitement la pensée de l’auteur, sans nuances possibles, sans maladresse possible de sa part, ni de la leur, évidemment. Dans d’autres cas, le lecteur apportera, ou plutôt créera, lui-même les précisions et les informations nécessaires pour rendre clairs et nets des propos qui lui sont pourtant ambigus et incertains.
Dans les deux cas, il peut en résulter des prêts d’intentions ou d’idéologies qui dépassent les paramètres de l’écrit original… et de l’entendement de l’auteur.
Je citerai ici l’un des récents billets de l’ami Renart Léveillé, intitulé Les blogues Canoë sur TLMEB. Au cours de la discussion qui succède au papier, l’auteur constate à quelques reprises que son but n’a pas vraiment été bien saisi et semble quelque peu surpris des commentaires qu’il a reçu. Le sujet étant relativement léger, la discussion ne s’est pas éternisée et s’est close dans le calme. Il aurait pu en être tout autrement si Renart avait abordé un sujet plus sensible.
Personnellement, il m’est arrivé de me retrouver face à des commentaires dont je ne parvenais pas à comprendre le «comment du pourquoi». Une incompréhension en amène une autre, j’imagine. Récemment, j’ai laissé un commentaire sur le blogue de Louis Préfontaine pour lequel j’ai reçu une réponse pour le moins surprenante. Le voici, mon commentaire:
Merci de nous partager cette info.
Je peux comprendre que certains anglophones se sentent irrités par la pression exercée par les francophones. Après tout, le commun des anglophones ne fait que parler sa langue maternelle, au milieu de gens qui parlent généralement cette même langue et dans un endroit où cela est la norme, plus ou moins tolérée, depuis fort longtemps.
D’un autre côté, il est logique de se demander si un événement comme celui du théâtre Ste. Catherine est davantage qu’une réaction maladroite (euphémisme) à cette pression. Il me semble raisonnable de se demander si ladite pression ne ferait plutôt ressurgir un sentiment de supériorité vis-à-vis des francophones, ancré dans la mémoire collective et en latence tant qu’autant élément déclencheur ne se manifeste.
Peut-être que je me trompe… mais peut-être pas.
La personne qui me répondit le fit très cordialement et poliment. Toutefois, il me répondit comme s’il répondait à un auteur considérant que la langue du Québec puisse être autre chose que le français, que Montréal doive être bilingue pour attirer les touristes et qui soit du genre à employer la non-souveraineté du Québec comme argument pro-bilinguisme. Pourtant, mon commentaire ne contient aucune information qui puisse mener à de telles déductions. Il ne s’agissait même pas d’une opinion, en fait.
Les limites des cyberdiscussions; peut-être ai-je moi-même mal compris le but de la réponse. Limites de l’existence virtuelle au complet aussi. Ceux qui me «connaissent» (toujours dans les limites d’Internet) savent bien que je suis indépendantiste et en faveur du fait français. Du moins, je l’espère, car alors, j’aurais lamentablement échoué à diffuser mes idées.
Dans le cadre de discussions virtuelles, le phénomène est, au plus, irritant au départ, anodin par la suite. Les premières fois, j’étais frustré (de grâce, ne sortez pas cette phrase de son contexte…). Ensuite, je suis devenu un peu plus détaché. J’essaie de rectifier une seule fois, puis je passe à autres choses. Là où le phénomène devient décourageant, c’est qu’il semble refléter une tendance de la réalitosphère.
Un soir, je donne une séance d’informations sur les sacs de randonnées aux jeunes de ma troupe. Je montre des exemples, que je hiérarchise en fonction de leur qualité. Évidemment, le sac à dos acheter à 90 $ chez Canadian Tire se retrouve au bas de l’échelle. L’une des animatrices en déduit donc que je considère ce sac inadéquat, voire carrément minable, et que j’exige d’eux d’acheter des sacs à 600 $ !
Ce n’était évidemment pas mon but.
Je n’avais pas dénigré le sac de Canadian Tire et encore moins exigé des jeunes qu’ils dépensent 600 $ pour un sac! Mon but n’était pas non plus de vendre un sac à dos aux jeunes, mais de les informer sur les différents modèles de sacs, leurs qualités et leurs défauts. Si un sac à 90 $ s’avère adéquat pour une activité scoute, notamment en raison de l’impératif financier, ça n’en fait pas pour autant un meilleur sac parmi toutes les gammes de sacs sur le marché. Mais bon, le sac de Canadian Tire, c’était le sien…
Nos intérêts, nos valeurs, nos émotions et un tas d’autres facteurs conditionnent souvent davantage nos réactions que l’action initiale elle-même. S’il en est ainsi dans la réalitosphère, alors que la plupart des données nécessaires à une bonne compréhension des intentions derrière les mots sont disponibles, imaginons ce qu’il peut en être sur l’Internet !
P.S.: Après rédaction, mais avant publication, de ce billet, je crois avoir identifier le passage de mon commentaire qui pouvait porter à confusion. Malgré tout, je considère que les déductions contenues dans la réponse sont un peu exagérées.











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