Voilà maintenant trois semaines que la chaîne spécialisée SuperÉcran diffuse la télésérie étasunienne John Adams. Alors que le premier épisode se penchait sur le Massacre de Boston et le Boston Tea Party, les deuxième et troisième se consacrent respectivement à la Déclaration d’Indépendance et la quête d’appui militaire auprès de la France.
Loin d’être un spécialiste de l’histoire étasunienne, j’en connais toutefois assez pour trouver une certaine cohérence historique dans ces épisodes.
D’abord, la route menant à la Déclaration d’indépendance étasunienne ne fut pas une sinécure. Plusieurs états continuaient à manifester une loyauté solide envers la Couronne britannique, espérant obtenir une sorte de pardon conditionnel (imposé tant par Londres que Philadelphie) jusqu’à la dernière minute. D’autres, dont le Massachusetts de John et Samuel Adams, avaient perdu tout espoir de paix diplomatique avec la Grande-Bretagne et leur patience envers les états «loyalistes» s’effritaient comme des biscuits soda.
On peut ressentir le respect entre les différents clans qui se tient malgré les divergences, passant toutefois à certain moment près de l’éclatement. La tension est palpable, notamment lors d’une longue nuit de débats et lors de la dernière séance, celle de la ratification, alors que le personnage de John Dickinson livre un discours traduisant l’angoisse de plusieurs à l’égard d’une sécession. Étrangement, ses paroles m’apparurent beaucoup plus persuasives que celle, victorieuses, de John Adams. Peut-être est-ce dû à la performance percutante dans sa retenue de l’acteur slovène Zeljko Ivanek, alors que Paul Giamatti, malgré son talent, semblait en mettre un peu trop côté pleurnichage.
Une grande part de l’épisode met l’accent sur la rédaction, par Thomas Jefferson, de la Déclaration d’Indépendance. Ce segment permet, d’une part, d’admirer le sens politique aiguisé de Benjamin Franklin, merveilleusement incarné par Tom Wilkinson (il fut à la hauteur de mes attentes), ainsi que de mesurer toute la portée des mots, lesquels devaient être choisis avec la plus grande circonspection.
Dans le troisième épisode, nous explorons les relations ambiguës entre les États-Unis et la France, ainsi que le rôle que joua John Adams dans les négociations visant à obtenir l’assistance militaire française. Ce moment nous démontre à quel point ces pays, malgré un ennemi commun, étaient diamétralement opposés, culturellement parlant. Adams incarne le puritain par excellence, qui est d’abord désarçonné, puis fortement agacé, par le comportement hautement libertin, et pourtant conservateur sur les bords (monarchie), des Français.
Franklin, comme toujours, porte en lui la tempérance diplomatique. Si l’on peut un moment douter des motivations qui le poussent à côtoyer la cour de Versaille, le dénouement ne peut que balayer la moindre interrogation.
Malgré la justesse de la recréation historique, tant dans les costumes, les décors et les moeurs, John Adams n’est pas à l’abri des anachronismes et des erreurs factuelles, telle que le démontre la page des erreurs de sa fiche technique sur IMDb. Même si je suis un néophyte en matière d’histoire étasunienne, je n’en demeure pas moins initié au sens critique. Si je ne peux ni juger tous les aspects historiques de la série, je ne peux non plus vérifier toutes ces erreurs, relevées généralement par les cinéphiles (IMDb est davantage un Wikipédia qu’une encyclopédie).
Jusqu’à présent, le travail me semble viable, mais pas incontestable.
Ce qui est dommage, mais c’est en même temps le but de l’exercice narratif, c’est que tout est centré sur John Adams et sa femme. Ainsi, ce dont John et Abigail ne sont pas directement témoins, les téléspectateurs ne le sont pas davantage. Il en résulte qu’on est parfois précipité dans la chronologie, comme cette défaite britannique à Yorktown, qui marqua la fin de la guerre britannico-étasunienne, que l’on apprend via une missive envoyée à Abigail, alors qu’on ne se doute même pas que Français et Étasuniens en sont en venus à un accord susceptible de mener à la victoire
M’enfin, à l’instar de Frères d’armes, John Adams est d’abord et avant tout une oeuvre artistique inspirée d’un livre rapportant des événements historiques. Et à l’instar du premier, on pardonne rapidement au second ses quelques écarts.
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