La plupart des gens s’accordent pour dire que le contenu du Mouton Noir de la télé ne volait pas dans les hautes sphères de la qualité télévisuelle avant-même que les frères Rémillard, propriétaires de la firme Remstar, n’en prennent possession. Ceci explique pourquoi bien des gens n’avaient cure de la fermeture de la salle des nouvelles de TQS, le volet information de la station étant plus souvent qu’autre chose l’objet des critiques.
Qu’en est-il plusieurs mois après le rachat par le clan Rémillard de sa licence de télévision généraliste ? Ceux qui n’aimaient pas TQS avant, et ils sont nombreux, ne verront certainement pas d’améliorations dans cette nouvelle formule. Qu’en pensent ceux qui aimaient bien le Mouton Noir, cette minorité silencieuse dont je faisais partie ?
Oui, je l’avoue, j’aimais cette station. Elle était ma chaîne de divertissement préférée, mes chaines d’informations privilégiées étant le tandem Radio-Canada/RDI et ma chaîne spécialisée favorite, Historia. Je syntonisais TQS au moins deux fois par jour, soit le matin pour Caféine et en fin d’après-midi pour Le Grand Journal avec Jean-Luc Mongrain. Parfois, le regardais Pourquoi? et Gauthier.
Pour beaucoup, l’émission matinale animée par Gildor Roy était insupportable, en grande partie à cause d’Éric Nolin, alors chroniqueur sportif. Je la trouvais rafraichissante, particulièrement depuis que Gildor Roy en avait pris les rênes. Je n’étais plus capable du traitement BCBG et aseptisé de Salut bonjour. Même son thème musical me hérissait les poils. Tout y était trop gentil, trop léché, trop mielleux et trop Quebecor. Malgré ses défauts et Éric Nolin, Caféine détonnait à souhait.
Le Grand Journal, avec Jean-Luc Mongrain, ne laissait personne indifférent. On aimait ou on détestait. C’était de l’info-spectacle, mais il était pleinement assumé, contrairement à Denis Lévesque (lequel avait, ironiquement, quitté TQS parce qu’il ne voulait plus en faire) et Le vrai négociateur, dont le plus important est l’étrange comportement de Claude Poirier, non pas l’information judiciaire et criminelle qui y est diffusée. Même le respectable TVA 18 heures de Charles Bruneau était devenu un divertissement plus qu’un bulletin d’informations, mais cela n’était absolument pas assumé.
Comme bien des téléspectateurs, je regardais le Grand Journal spécifiquement pour Jean-Luc Mongrain. Plus calme et moins conservateur qu’à l’époque de Mongrain de sel, ses critiques et ses montées de lait concernaient des faits concrets, contrairement aux bonhommes et bonnes femmes de L’avocat du diable (ancienne L’avocat et le diable). Si je voulais de l’information pure et développée, je syntonisais le Réseau de l’information. Si je voulais de l’information « fast-food », je regardais LCN. La plupart du temps, c’était toutefois sur Internet que je prenais le pouls de l’actualité.
Cette appréciation de certains produits « téquésistes » (néologisme qui est en fait un clin-d’œil à cette manie de toujours vouloir transformer les acronymes en mot complet) ne me faisait cependant pas considérer le Mouton noir comme étant de la grande télévision. Mais bon, je ne considère aucune chaîne télévisée du Québec comme étant une « grande télévision », même si je n’ai rien à des fins de comparaisons, n’écoutant ni la télévision canadienne, ni américaine et ni européenne. Je crois seulement qu’on pourrait faire mieux.
Comment je conçois le contenu télévisuel du TQS des frères Rémillard, moi qui ne dédaignais pas totalement le contenu précédent ? Malheureusement, et comme je le craignais, il s’est appauvri. L’émission matinale 2 laits, un sucre (pouvez-vous me dire pourquoi le nombre deux est chiffré alors que le nombre un est lettré ?) m’endort, ce qui n’est guère pratique à une pareille heure. Je n’ai rien contre les animateurs, le concept ne m’accrochant tout simplement pas. Il en est de même pour Monsieur Showbiz, mais simplement parce que le traitement télévisuel de l’information artistique ne m’a jamais intéressé et Érick Rémy n’a pas la recette pour changer la situation. Quant au Retour avec Benoît Gagnon, je ne l’ai jamais écouté, j’ignore donc si j’aime ça ou non.
Autre réalité qui ne nourrit en rien TQS en qualité est sa tendance à récupérer les émissions les plus abrutissantes des États-Unis. Outre À couper le souffle, dont on a presque toujours vu les vidéos ailleurs et précédemment, la station ajoute à sa programmation les « jeux » télévisés Wipeout et Hole in the Wall, deux produits eux-mêmes dérivés de célèbres émissions nippones.
À CSI New York et La porte des étoiles s’ajoutent, ou s’ajouteront, de nombreuses téléséries états-uniennes. Heureusement, la plupart d’entre elles ont déjà fait leurs preuves chez nos voisins du sud. Malheureusement, cela signifie également que les quatre séries québécoises (450, Chemin du Golf; Bob Gratton: ma vie, my life; Grande Fille et Catherineen reprises) seront les seules encore longtemps.
De mon point de vue, la seule amélioration de TQS réside au niveau des films qui y sont présentés. Certes, il y a toujours de nombreuses productions de série B et de téléfilms mettant en vedette des has been de la télé (genre Tori Spelling), mais depuis septembre, nous avons eu droit à quelques perles: The Candidate, Wall Street, The Good, the Bad and the Ugly, Moby Dick, The Conversation, Presumed Innocent, Délivrance, Impitoyable et La fille à un million de dollars. Le Mouton Noir présente également davantage de film populaire qui, sans être des classiques, s’avèrent davantage potables que la plupart des produits habituellement diffusés et qui ne descendaient presque jamais sous la cote 5. Vous savez, cette cote qu’on retrouve dans le TV Hebdo et qui est offerte par la firme MediaFilm ?
Globalement, malgré l’attrait de quelques téléséries états-uniennes (Californication et Dirty Sexy Money), ma curiosité envers une télésérie canadienne (Flashpoint) et une amélioration de la qualité cinématographique, TQS m’apparait moins attrayante qu’avant. Il est fort probable que j’abandonne les téléséries après quelques épisodes, soit par manque d’intérêt, soit à cause de cases horaires inaccessibles pour moi, ce qui ne me laissera que les films ! Or, j’ai presque déjà vu tous les films plus ou moins récents (j’ai Super Écran); ne restent que les «classiques», à raison d’un maximum d’un par semaine, ce qui est bien peu lorsqu’il n’y a rien d’autre.
Décidément, la télé généraliste québécoise m’interpelle de moins en moins.
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