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L’Iran, l’Occident et moi

19 juin 2009 Gradlon 6 commentaires

Téhéran

Ce qui se produit actuellement en Iran est à la fois magnifique et tragique.

Magnifique, parce que les Iraniens considérant irrégulières les récentes élections décident de se faire entendre haut et fort, sans intermédiaire, sans interférence bureaucratique. Qu’ils s’agissent de pro-Ahmadinejad qui croient que les pro-Moussavi essaient de leur imposer un candidat au détriment de la démocratie ou des pro-Moussavi qui croient qu’Ahmadinejad leur a volé les élections, ils choisissent de faire valoir leurs intérêts plutôt que de se complaire dans l’incertitude.

Tragique, parce que cela se traduit par des affrontements violents entre antagonistes, une répression brutale (lire dictatoriale) et une cacophonie qui rend très long et coûteux le chemin vers un aboutissement, lequel n’est pas assuré d’être positif.

L’Occident regarde. Une sorte de mouvement vert (couleur associée à l’Islam) a gagné Twitter, ce que certains, dont le blogueur AntiPollution, condamnent, notamment en mettant en garde l’Occident contre la tentation d’interférer dans les affaires iraniennes, sous peine de se faire servir la même médecine en retour. Le désir d’ingérence du Canada semble évident, alors qu’au sud, Obama demeure prudent malgré les pressions intérieures.

Elle m’apparaît complexe, la question autour de ce que les puissances occidentales peuvent ou ne peuvent pas dire et faire. Dans l’état actuel de la situation (notez que je n’ai pas lu mes fils de nouvelles aujourd’hui), les gouvernements occidentaux doivent faire preuve de retenue. Mes raisons diverges un peu de celles d’AntiPollution, dans le sens où l’ingérence de pays tels que l’Iran dans nos affaires est déjà une réalité.

Ma raison principale est plutôt que les gouvernements sont composés de gens qui représentent une large gamme d’intérêts et d’opinions. Mon gouvernement n’a pas le droit d’assumer à la face du monde que tous les Canadiens endossent ses déclarations et politiques. Le gouvernement se doit donc d’être prudent dans ses déclarations et ses membres, veiller à ce que leurs opinions ne deviennent pas la voix officielle du pays.

Moi, je n’ai pas à être ainsi prudent.

Le plus grand obstacle de Barack Obama dans sa tentative d’assainir les relations avec l’Iran porte un nom: Mahmoud Ahmadinejad. Ce n’est pas parce que je désapprouvais la politique internationale de George W. Bush, son pire ennemi, que ce type allait automatiquement devenir mon ami. La doctrine «les ennemis de mes ennemis sont mes amis», très peu pour moi.

Ahmadinejad m’apparaît comme un rétrograde fanatique et un danger pour la stabilité au Moyen Orient, au même titre que l’est une Israël entre les mains de Netanyahou ou des États-Unis sous la férule d’un Bush. D’après moi, l’antagonisme entre les États-Unis et l’Iran (dans une plus large mesure, le monde musulman) étant sa principale raison d’être, je doute qu’Ahmadinejad accomplisse un jour sa part d’efforts vers une paix américano-iranienne.

Ceci dit, ce n’est pas à moi ni à mon gouvernement d’imposer un candidat aux Iraniens, que ce soit par la menace ou la propagande. S’ils choisissent un président que l’Occident n’approuve pas, ce dernier devra composer avec, dans le respect. Si ce choix doit mener à l’isolation de l’Iran dans ses relations avec l’Occident, il faut que ça vienne de Téhéran, à travers son comportement en matière de politique internationale, et non d’un désir occidental de punir ou dicter la conduite les Iraniens.

(Image: The Boston Globe)

Concernant le conflit israélo-palestinien

22 janvier 2009 Gradlon 3 commentaires

L’actuelle trêve entre l’état hébreu et la bande de Gaza, enclave palestinienne fermée, semble tenir bon après quatre jours. Loin d’insuffler un quelconque espoir, la question à savoir si les hostilités reprendront ne se pose même pas. Le Hamas n’a promis qu’un cessez-le-feu de sept jours. À partir de là, toutes les hypothèses sont possibles sur le moment (avant ou après le septième jour ?) et sur l’initiateur (Israël ou Gaza ?) de la reprise.

Jadis, je donnais mon opinion sur la question de ce conflit. Étant donné que la mémoire est une faculté qui oublie, davantage encore vu le lot d’informations que consomment les Internautes amateurs de blogues, je réitère ici un point de vue qui demeure pratiquement inchangé depuis trois ans (ce blogue soufflera ses trois bougies dans deux jours).

Ce conflit est celui de deux bandits: les gouvernements israélien et palestinien. Mais il est surtout le calvaire de milliers de victimes innocentes, tant du côté de l’étoile à six branches que celui du croissant étoilé. Malheureusement, beaucoup de gens, peut-être par souci de rééquilibrer l’opinion publique, laquelle se partage férocement entre pro-israéliens et pro-palestiniens, ignorent les victimes d’un côté pour attirer l’attention sur celles de l’autre. Inévitablement, cela mène à une omission volontaire des bandits appartenant au camp des victimes «favorisées», jetant alors presque la totalité du blâme sur le camp adverse.

Deux gouvernements voyous, particulièrement depuis l’élection légitime du Hamas au sein du parlement palestinien. D’un côté, il apparaîtra toujours injustifiable à mon sens de lancer des roquettes, plus souvent qu’autre chose à l’aveuglette, sur des installations civiles israéliennes. Les pertes civiles sont peut-être de moindre importance dans le dénombrement total des victimes du conflit, mais elles ne sont pas nulles. Qu’il s’agisse de trois vies ou de presqu’un millier (3 civils israéliens tués contre 894 selon le PCHR), une seule vie enlevée par une arme dans ce conflit en est une de trop.

Ces statistiques expliquent à merveille pourquoi le gouvernement israélien apparaît à mon jugement comme étant également criminel. On peut bien prétexter la protection des civils israéliens contre les roquettes du Hamas, la riposte de Tel-Aviv dépasse toute logique de sécurité préventive et de justice réparatrice. À supposer que la loi du Talion puisse être tolérée, sans être justifiable, c’est alors 891 meurtres que l’état d’Israël a commis contre 3 pour l’état palestinien.

Ce nombre exclus évidemment les militaires, miliciens et policiers tués. En tout, les belligérants palestiniens ont tués 10 soldats israéliens. De son côté, Israël affirme avoir tué de 500 à 700 militants palestiniens (tout dépend des sources) alors que le PCHR en dénombre entre 150 et 400. Si l’estimation israélienne s’avère juste, les critiques internes s’atténueront certainement, mais pas celles à l’externe. Si c’est l’estimation palestinienne qui est juste, le facteur «réussite» d’Israël, tout relatif et fragile qu’il était déjà, s’effondrera totalement, ce qui nourrira assurément les virulentes critiques, tant à l’interne qu’à l’externe.

Malgré le maigre nombre de victimes civiles du côté israélien depuis le début du présent conflit, il ne faut pas en croire pour autant que les victimes israéliennes soient négligeables.

Depuis le début de la Seconde Intifada, le 29 septembre 2000, ce serait 730 (727 en date 30 novembre 2008 additionné des trois depuis le début du présent conflit) civils israéliens qui auraient été tués par des Palestiniens selon B’Tselem. Bien peu comparé aux quelques 5700 civils palestiniens tués aux mains des Israéliens. Le déséquilibre n’enlève rien au drame que vivent les familles des victimes civiles israéliennes.

Au niveau des individus, l’ampleur de la tristesse et de la colère est le même que pour les familles palestiniennes, bien que celles-ci soient plus nombreuses à pleurer des deuils. Des deux côtés, vivre dans un territoire perpétuellement en guerre ne doit pas être une partie de plaisirs, même si les médias ont l’habitude de nous montrer des militants extrémistes qui semblent y prendre leurs pieds. D’ailleurs, la division qui existe présentement au sein de la population israélienne doit également déchirer de nombreuses familles.

Je suis loin de vouloir essayer de mettre sur un pied d’égalité le drame des civils israéliens d’une part et celui des civils palestiniens de l’autre. Les chiffres sont là pour le démontrer: les palestiniens paient beaucoup plus cher cette éternelle guerre.

Je veux seulement exprimer que, malgré l’énorme différence statistique du bilan humain, je n’en oublie pas les tragédies vécues du côté Israélien. Autant je suis irrité par certains discours qui tendent à marginaliser, voire masquer, les conséquences néfastes d’un côté au profil total de l’autre, autant je suis exaspéré par les discours, souvent les mêmes, qui effacent les responsabilités de l’un ou l’autre des états sur la simple excuse du droit à se défendre.

Or, en ce qui concerne le conflit israélo-palestinien, je crois qu’on a depuis longtemps dépassé la simple défense. Cet enjeu est toujours présent, mais je ne crois plus qu’il soit encore le centre des tous les buts recherchés. Pas plus que le droit à l’existence, d’ailleurs. C’est plutôt devenu une obstination mutuelle où chaque raison semble bonne pour briser un accord de cessez-le-feu.

M’enfin, je ne suis pas un spécialiste du Proche-Orient, tout comme la presque totalité des analystes d’estrades qui se sont prononcés jusqu’ici, tant sur la toile que dans les médias traditionnels… ou simplement autour d’une capuccino dans un café du centre-ville.

Du nouveau dans mes blogolistes

13 décembre 2008 Gradlon 5 commentaires

Il y a du nouveau dans mes blogolistes. Pour une description de mes deux types de blogolistes, je vous invite à visiter la page À propos.

Tout d’abord, dans la catégorie «Blogoliste amicale», Le Petit Émérillon partage ses réflexions sur la nation francophone d’Amérique et de ce qui l’entoure. Au-delà du discours souverainistes québécois, Alain B. pose un regard sur l’ensemble des francophones d’Amérique du Nord.

I am French Canadian, I am Tym Machine! Je suis canadien-français, je suis Tym Machine! est le second blogue de droite que j’ajoute à ma blogoliste. Outre son interminable nom de blogue, Tym Machine, que j’ai d’abord découvert sur Bon Blogue Bad Blog, le site d’AntiPollution, offre son point de vue de «libertarien-anarchiste wannabe», que je trouve intéressant sans toujours être d’accord.

Sur Fanny blogue…, Fanny Blanchet propose des billets nuancés et objectifs sur la politique, mais également sur des sujets divers, tels que sa réflexion poétique sur le sens de Noël. Son dernier billet, intitulé Blogues féminins, dites-vous?, explore les préoccupations fémines que trop de gens limitent encore à la popotte, la décoration et les petits soins corporels.

Dans la catégorie «Blogoliste de mes autres lectures», j’inscris mon tout premier lien vers un blogue ouvertement libéral: À mon humble avis, d’Alexis St-Gelais. La façon dont ce dernier expliquer ses idées et ses notions, tout en civilité et humilité, rendent ses textes invitants même pour un souverainiste pas très libéraliste comme moi. Il est à noter qu’À mon humble avis recueille également les billets de Myriam L., lesquels je n’ai pas encore eu l’occasion de lire.

Enfin, il y a un mois, je recevais la visite d’un blogueur congolais, Trésor Kibangula. Depuis, j’ai visité son blogue, Trésor Kibangula Helali/Kisangani en ligne, et l’ai ajouté à mes abonnements RSS. Ce site nous amène dans la ville de Kisangani, en République démocratique du Congo, et se veut, pour les occidentaux que nous sommes, une vitrine sur la vie et les tensions dans ce pays d’Afrique centrale.

Bonne navigation à tous ;-)

Développement sur les dernières élections

12 décembre 2008 Gradlon 5 commentaires

Mon dernier billet sur les résultats électoraux m’a gratifié de la visite de la blogueuse Fannie Blanchet dont j’aimerais répondre au commentaire par un second billet.

@gradlon
Et que croyez-vous qu’il adviendra de l’ADQ sans Mario Dumont, considérant que le véritable nom de cette formation est Action démocratique du Québec/Équipe Mario Dumont? On parlait beaucoup du parti d’un seul homme, ce qui, avec le temps, c’est avéré tangible.

Pour ce qui est de la montée de la gauche, soyons prudents… le PQ n’a pas avantage à trop s’afficher au-delà du centre-gauche, et cette tendance, à mon sens, ne changera pas si tôt. La population est rassurée quand les partis politiques ne flirtent pas trop avec les extrêmes, et ce davantage en période de crise économique. Nous sommes si frileux! Et la députation de Amir Khadir, c’est une bonne choses, le problème demeure au niveau de son temps de parole à l’Assemblée Nationale. IL n’y aura pas beaucoup d’espace disponible pour qu’il puisse faire part de ses idées.
Mais tout de même, j’admets que cette élection nous a offerts de bons coups. Beau texte.

par Fannie Blanchet Mercredi 10 décembre 2008 à 17:08 at 17:08

Tout d’abord, merci pour votre visite.

Le fait étant avéré que l’Action démocratique était le parti d’un seul homme, du moins sur la place publique, le départ de Mario Dumont pourrait être autant une bénédiction pour cette formation que son enterrement. Je pense que beaucoup de gens ont voté pour l’ADQ en 2007 parce que le parti était Mario Dumont. Inversement, je pense que beaucoup de gens ont abandonné l’ADQ en 2008 parce qu’il n’était encore que Mario Dumont. Il était anormal pour un parti d’opposition officielle que seulement deux députés sur 41, outre le chef, puissent bénéficier d’une vitrine en-dehors du Parlement.

En effet, si plusieurs députés ont pu s’exprimer — ou exprimer les vues du parti — durant les séances de l’Assemblée, nous n’avons presque toujours vu que deux d’entre-eux à la télévision: Sébastien Proulx, en sa qualité de leader parlementaire de l’ADQ, et Gilles Taillon, adjoint au chef. Durant la campagne de 2008, ce fut un nouveau venu, Gérard Deltell, qu’on vit le plus dans les médias plutôt que MM. Proulx et Taillon ou tout autre candidat adéquiste.

Je pense que si les membres du parti nomment ou élisent un chef qui saura offrir de la visibilité aux actuels députés, mais aussi aux prospects et candidats défaits, ce pourrait être payant. Toutefois, si l’ADQ se choisit un chef un peu trop narcissique qui accapare toute l’avant-scène, ce pourrait alors être le dernier clou qui scellerait le cercueil. Malheureusement, la rumeur concernant Stéphane Gendron fait aligner les astres sur la seconde possibilité.

Concernant la montée de la gauche, vous avez raison, il faut rester prudent. Étant moi-même centriste, je suis un peu frileux. Je ne crains pas les idées qui tendent vers l’extrême, de préférence à gauche et sans l’atteindre totalement, mais je me méfie des gens et des partis qui proposent exclusivement des idées extrêmes. Pour le moment, un parti de centre-droit qui affronte un parti de centre-gauche, je trouve ça bien. Avec sept députés de droite plus ou moins profonde (plus que la plupart des partis québécois, beaucoup moins que les nombreux partis d’extrême-droite dans le monde) et un député de gauche plutôt profonde, nous maintenons un équilibre intéressant.

Enfin, je doute que les partis officiels de l’Assemblée impartissent à Amir Khadir assez de temps pour exprimer efficacement son point de vue et celui des quésistes. Ce temps refusé, il devra le reprendre dans les couloirs du Parlement en ayant comme auditeur non pas des députés adverses, mais les électeurs. L’occasion sera là; Mario Dumont a lui-même largement profité de la présence des médias à la sortie des débats parlementaires.

La question qui se pose: M. Khadir saura-t-il, à l’instar de M. Dumont, capter l’intérêt des médias? Nous pouvons dire et écrire ce que nous voulons, en bien ou en mal, sur Mario Dumont, mais il y a une chose que nous ne pourrons jamais lui enlever: il était un véritable aimant à journalistes. Ceci lui a servi, cela pourra servir à Amir Khadir; la balle est dans son camp.